The Affordable City—Strategies for Putting Housing Within Reach (and Keeping It There). Shane Phillips, Island Press, 2020, 280 pages [ebook lu sur l’application Adobe Digital Editions]
Avec ce livre, Monsieur Shane Phillips a fait, pour qui veut bien prendre la peine de lire et adapter légèrement le matériel au contexte d’intervention, le travail qui nécessiterait normalement des semaines, voire des mois de recherche et de synthèse à une petite équipe de professionnels. Et même là, je ne suis pas certain que le résultat puisse être aussi achevé du point de vue de la synthèse et de la compilation des principes et des actions. On dirait presque le produit d’une équipe pluridisciplinaire à qui l’on aurait donné comme mandat l’élaboration d’une politique nationale, provinciale et municipale d’habitation. Un mandat qui se serait résumé en une question : quels sont les principes et les politiques à même de nous sortir de cette perpétuelle incapacité du marché de répondre aux besoins contemporains en habitation, et surtout des plus vulnérables?
On peut admettre dans un premier temps que nous ne cherchons en rien à retourner vers un idéal; celui-ci n’a jamais existé et même lorsque l’offre en logements a semblé, pour un bref moment, refléter et satisfaire une certaine demande, il est bien probable que cela était au prix de sacrifices terribles de la part de cette partie vulnérable de la population. On parle ici d’insalubrité chronique, d’arrangement sacrifiant pour plusieurs une large part d’intimité ou se plaçant en position de vulnérabilité indue, ou simplement au prix d’un appauvrissement débilitant (beaucoup plus que 30 % du revenu consacré au logement). Nous avons aussi, ironiquement au nom de l’amélioration des conditions d’habitation, perdu beaucoup de typologie de logements qui permettaient une vie marginale autonome (nécessaire ou volontaire), comme des hôtels privés ou les maisons de chambres avec ou sans services. Nous avons ainsi perdu des intérieurs, parfois glauques, oui, mais qui supportait à bon prix des vies qui autrement se passent dans des conditions extérieures encore plus brutales.
À une époque pas si lointaine, nous en étions arrivés à comprendre que le marché privé ne pouvait, à lui seul, combler tous les besoins d’une population de plus en plus urbaine, diversifiée et malheureusement dispersée. Voilà pourquoi il est toujours essentiel à l’État de palier, par la construction de logements sociaux, entre autres.
Sur les traces de The Affordable City
Mais par une suite de glissements politiques et de sacrifices sur l’autel des modes d’idéologies du moment, cette résolution de construire, d’entretenir et d’accommoder à perpétuité en logements la frange des gens qui veulent ou qui nécessite de telles accommodations s’est émoussées, pour ne plus être que l’ombre d’elle-même.
C’est face à cette réalité et dans ce monde que l’auteur a décidé de faire vivre ses principes et propositions de politique. Ce n’est pas un monde où le logement social compte pour zéro, mais bien plutôt un monde (le nôtre, en Amérique du Nord) où il ne compte pas pour beaucoup. Je précise cette situation parce que je crois que cela est au cœur de ce qui fait la force de l’ouvrage, soit sa résolution d’aborder l’univers du logement tel qu’il est ici, de manière à le faire progresser, au lieu de se construire un idéal qui n’existe pas.
À l’intérieur du monde qui existe donc, Monsieur Phillips met de l’avant quatorze (14) grands principes et recommandations et y ajoute une quarantaine de politiques (d’actions) possibles sur trois (3) fronts, soit a) l’offre en logement (pour encourager la production), b) la stabilité, ou pourquoi la protection des locataires et la préservation de l’inventaire locatif est si importante et finalement, c) les subventions au logement où pourquoi l’investissement public (gouvernemental) et les programmes d’investissement public et de taxation sont si important afin de favoriser les comportements bénéfiques (construction de «missing middle», d’habitations en coopérative, intergénérationnelles, en cohabitation, logements avec services ou au cœur de quartiers à haut niveau d’opportunité) et réprimer les actions délétères (vente spéculative, «flip», terrains et propriétés vacantes, subventions à la propriété, etc.) Les opportunités non utilisées ou sous-exploitées pour avoir un marché de l’habitation qui fonctionne de façon beaucoup plus flexible et sensible, à l’intérieur même du système existant, sont presque douloureuses à contempler à la lecture de cet ouvrage.
En ce moment même, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) est en période de consultation à propos de sa première politique d’habitation. Ce livre de Shane Phillips est probablement le document parfait pour éprouver ce projet de politique.
La semaine prochaine, on reprend le rythme hebdomadaire, toujours dans notre série Habitations et logements, avec l’ouvrage Missing Middle Housing