Le mystère urbain de Crawford Park - Partie 04 (fin) - Un parcours

Sur les traces du mystère de Crawford Park -- Une carte interactive

Une version de ce texte parait dans la revue de la Société d’histoire et de généalogie de Verdun (SHGV), Les Argoulets (juin 2024 — Vol. 28, numéro 2).

Ce texte, ainsi que la carte qui l’accompagne constituent un parcours urbain à travers le temps et l’espace du quartier Crawford Park, situé à l’extrémité ouest de l’arrondissement de Verdun.

C’est le quatrième et dernier de nos articles qui vise à répondre aux mystères de ce secteur si particulier et magique de Verdun.

L’invitation à une balade dans Crawford Park

Les trois premiers articles de notre série [1] sur le secteur de Crawford Park nous auront permis de nous familiariser avec l’histoire urbaine du quartier, des débuts haletants pendant l’entre-deux-guerre jusqu’à l’explosion de la construction des cottages unifamiliaux durant et après la Deuxième Guerre. Cet environnement urbain idyllique de jeune banlieue est resté sa marque de commerce depuis.

L’ouest de Verdun, en général, a connu cette poussée caractéristique durant la même période, mais ce qui distingue Crawford Park est le mélange dominant des cottages de type « Cape Cod », qui rythme son paysage, ainsi que la subtile reconfiguration de sa trame sur le modèle « organique », entre la rue Ouimet et le boulevard Champlain. Nous référons le lecteur aux parties 01, 02 et 03 de notre série qui donnent le particulier de cette histoire.

Mais pour le moment, habillons-nous de saison, enfilons nos meilleures chaussures de ville, n’oublions pas une bouteille de notre breuvage favori et donnons-nous rendez-vous en face de ce qui est certainement le plus vieux bâtiment de Verdun (et l’un des plus vieux sur l’île de Montréal), la Maison Nivard-De-Saint-Dizier, dans le parc de l’Honorable-George-O’Reilly, sur le boulevard Lasalle.

01 - La Maison Nivard-De-Saint-Dizier (MNSD)

Derrière la MNSD se trouve un aménagement paysager des plus exceptionnels. Combiné à une exposition permanente en plein air déployée à même cette surface structurée, l’ensemble forme un rappel matériel et didactique des origines du fief de Verdun et des terres de la famille Crawford. Avant de se lancer dans le quartier, c’est une bonne façon de se doter de repères temporels et géographiques, dont celui de la fameuse Verdun House. Si l’on se déplace un peu vers l’ouest, jusqu’à la rue Fayolle, on pourra vite voir et même entendre, si le trafic est calme et les vents favorables, le début des rapides de Lachine.

On choisit d’entreprendre notre marche du quartier sur la rue Clemenceau, mais toutes les autres voies, à partir de la rue Leclair, offrent aussi de belles entrées dans le quartier. De manière générale, on remarque que les bâtiments le long du boulevard LaSalle sont plus anciens (d’avant la Deuxième Guerre), et c’est aussi le cas de certains des premiers bâtiments dans les rues. Cette observation s’applique surtout aux duplex avec briques de couleurs foncées, souvent légèrement texturées, et dotées d’un couronnement aux motifs plus articulés.

02 - Rue Clemenceau jusqu'à la rue Ouimet

Au milieu de la rue Clemenceau, avant d’arriver sur la rue Churchill, on aperçoit ce phénomène unique dans Crawford Park, comme le signal d’un Verdun irréalisé, attribuable aux impondérables expliqués dans nos articles précédents. Deux triplex sont localisés presque face à face, de chaque côté de la rue. Chacun côtoie un ou des duplex et une série de cottages. Le terrain des triplex fait 25 pieds de façade et celui des cottages ?… On voit à l’œil nu que leurs lots faits environ le double, même si la bâtisse est un simple cottage, d’une fraction l’envergure physique du triplex. Cet espace supplémentaire est généralement alloué à une entrée et à l’ajout d’un garage, même lorsque le cottage d’origine n’incluait visiblement pas cet accessoire.

En remontant la rue jusqu’à Churchill, on remarquera aussi que certains des cottages sont implantés sur le long et d’autres, sur le côté court (côté du mur pignon). À partir de ce moment, on observera à quel point une grande diversité dans le cadre bâti est imputable à cette modulation dans la présentation des façades sur rue. Cette tournure finit par offrir une variété essentielle, autant dans le paysage urbain que dans la manière d’aborder l’aménagement du site et l’organisation des pièces intérieures.

03 - Entre les rues Churchill et Ouimet

Toujours sur la rue Clemenceau, en arrivant sur la rue Churchill et en se tournant sur la droite, on remarque l’école primaire des Coquelicots, un dépanneur sur l’autre coin de rue et un peu plus loin, un imposant bâtiment institutionnel, le centre d’hébergement Champlain. Comme on le voyait dans la première partie de notre série, la rue Churchill était destinée, dès les origines de Crawford Park, à jouer un rôle d’axe institutionnel et commercial d’importance. Un rattachement à la rue Beurling, à l’est de l’Institut Douglas, devait permettre d’entretenir une liaison intérieure avec le reste de la ville. Malheureusement, au bout de la voie maintenant, on ne trouve qu’un trottoir vers des stationnements de l’Institut Douglas. Cela dit, avant de s’engager plus haut sur la rue Clemenceau, on ne le regrettera pas en allant explorer le long de la rue Churchill.

En poursuivant sur la rue Clemenceau, on se rend compte que les duplex ont presque complètement disparu, pour laisser toute la place dans le paysage à la variété des cottages ainsi qu’à quelques habitations imposantes et trapues en forme de cube avec toitures en pavillon. Ce sont des unifamiliales à deux étages, comme les cottages, mais beaucoup plus massives à cause de leurs formes cubiques.

En bas de la carte, au centre, l’intersection en « T » des rues Clemenceau et Ouimet. On remarque le réseau des allées derrière les cottages Parkdale ; suite à un programme de rachat proposé par la Ville aux propriétaires dans les années 1980, elles n’existent plus. Dans l’encadré, on voit la station-service à la tête d’îlot entre les rues Crawford et Leclair. Ce sont maintenant des maisons de ville qui s’y trouvent. Source : Insurance plan of the City of Verdun, Québec. Underwriters’ Survey Bureau Limited, 1959 — BAnQ.

04 - Dans le coeur de Crawford Park

Arrivé à l’intersection en « T » de la rue Ouimet, on a plusieurs choix. De chaque côté, il y a les rues Foch et Lloyd George qui vont finir leurs parcours en de belles boucles juste avant le parc Reine-Élizabeth. Ce parc, un vrai terrain de jeu pour le quartier, se trouve au cœur de ce qui fonctionne comme un mégaîlot pour Crawford Park. On se retrouve alors assez rapidement, de façon détournée, au boulevard Champlain, qui forme, avec le canal de l’aqueduc, la frontière nord du secteur. En plus du parc, le centre est ouvert organiquement par les rues Truman, Dunver et Parkdale, qui valent chacune leur détour particulier.

Si après tout ça l’on retourne sur la rue Ouimet, on peut décider alors de redescendre par la rue Fayolle, une de mes rues préférées puisqu’elle offre une perspective des plus homogènes et variée sur la typologie « Crawford Park ». Rendu à l’intersection avec la rue Churchill, on remarque, en se tournant vers l’ouest du côté de l’arrondissement LaSalle, le contraste avec les bungalows de ce secteur. C’est l’absence quasi totale de ces dernières dans Crawford Park qui lui confère sa signature urbaine unique.

Autrement, on prendra le temps de découvrir la rue la plus originale et diversifiée du quartier, en retournant vers le boulevard LaSalle par la rue Leclair. Pour y arriver, on peut même emprunter un passage semi-secret à partir du « pocket park » à l’intersection en « T ». Je laisse ici à l’explorateur urbain intrépide le soin de s’y retrouver !