La ville qu’on a bâtie. Trente ans au service de l’urbanisme et de l’habitation à Montréal, 1956-1986 (Préface de Bernard Lamarre). Guy R. Legault, Liber, 2002, 264 pages.
Fighting from Home. The Second World War in Verdun, Quebec. Serge Marc Durflinger, UBC Press, 2006, 279 pages.
City Unique. Montreal Days and Nights in the 1940s and ‘50s. William Weintraub, Robin Brass Studio, 2004, 332 pages.
American Urbanist. How William H. Whyte’s Unconventional Wisdom Reshaped Public Life. Richard K. Rein, Island Press, 2022, 335 pages et The Organization Man (Foreword by Joseph Nocera). William H. Whyte, University of Pennsylvania Press, (1956) 2002, 427 pages.
Sixteen Ways to Defend A Walled City. K. J. Parker, Orbit, 2019, 377 pages [e-book lu sur l’application Kindle]
Nous en somme presque à la fin de ce mois de vacances, et que nous reste-t-il sur nos tables de lecture? Dans mon cas, encore trop de choses entamées et qui, à chaque fois que je viens pour faire un choix, se réclament tous plus ardemment les uns que les autres pour une poursuite de la lecture. Au moins pour le moment, pas de dud mouillé. Il y a même 2-3 standouts, où le sacrifice est dans l’arrêt de la lecture. Mais trêve d’introduction, voici les livres qui auront égayé mes vacances cet été.
Après notre série sur l’habitation, j’étais curieux de lire ce compte rendu d’un des pionniers de l’habitation publique montréalaise. Monsieur Guy R. Legault fut de la génération qui a eu la chance de se trouver au bon endroit au bon moment (période de la Révolution tranquille et les années 1970) et qui a su, avec force, implanter les nouveaux mandats qui leur étaient confiés; dans son cas, monter un Service de l’habitation, devenu une référence dans le domaine. Sa description du rôle fondamental joué par les programmes de rénovation des logements et des bâtiments (triplex et leurs dépendances [hangar], si vétustes) est, me semble-t-il, trop souvent passée sous silence; nous n’aurions probablement plus un patrimoine de quartiers anciens et centraux mixtes (duplex, triplex, multiplex) si dynamique sans eux. Ce sont là des enseignements toujours pertinents.
Maintenant pour deux livres qui se recoupent par la période, mais qui ne pourraient être plus différents sur le plan de l’angle de couverture. Le premier, une histoire singulière de la mobilisation militaire et civile des autorités municipales et des habitants de la Ville de Verdun durant le deuxième conflit mondial. Verdun était déjà reconnu comme la ville ayant, proportionnellement à sa population, le plus contribué, sur le plan humain, à la mobilisation durant la Grande Guerre, et cette tradition se poursuivra vingt ans plus tard lors de la Deuxième Guerre. Pourquoi? Essentiellement parce que le Verdun de cette époque était majoritairement composé d’habitant issu de l’immigration britannique. Le nouveau maire élu à l’orée de la guerre, Edward Wilson (qui remplace un francophone à la sauce Camillien Houde, Hervé Ferland), jouera un rôle si unique, en créant entre autres le Mayor’s Cigarette Fund for Verdun Soldiers Overseas, qu’il sera reconduit d’élection en élection jusqu’en 1960. En tant que Montréalais ayant des racines familiales à Verdun et qui y vit depuis presque 10 ans, cet ouvrage est un incontournable. Pour une histoire personnelle et intime du Montréal mythique des années 1940-50, difficile de faire mieux qu’avec le page-turner écrit par William Weintraub. Ce Montréal est définitivement révolu, et lorsque lu en parallèle avec l’ouvrage précédent, il n’y a pas d’autre façon de le voir, les temps changent, et certainement, dans ce cas, pour le mieux! La vie urbaine en général était plus brutale, les (rares) plaisirs plus rustiques (même les plus sophistiqués!); la cohabitation entre les différents groupes (ethnique et linguistique) se voilait d’une animosité nourrie d’ignorance. Cela dit, tout ça est décrit d’une plume vive et avec la force d’un traveling cinématographique. À parcourir avec plaisir si on en trouve un exemplaire, au hasard d’une librairie d’occasion.
L’œuvre diversifiée et en quelque sorte pionnière de William H. Whyte est toujours une source de fascination et de plaisir. Alors, je ne pouvais faire autrement que de sauter sur cette toute nouvelle biographie : American Urbanist. Pour un homme qui n’a jamais eu la moindre formation en ce sens, mais qui est pourtant devenu, au fil de son travail, une des meilleures références dans le domaine, cette biographie permet de positionner l’homme par rapport à sa contribution et de mieux apprécier la force et l’originalité qui l’ont toujours caractérisé, autant dans ses méthodes que dans la présentation de ses résultats. Aussi, je viens enfin de commencer son classique, The Organization Man. Dès le deuxième chapitre, il démontre comment, déjà depuis la fin du 19e siècle, la montée des corporations et autre gros conglomérat (a but lucratif, à gouvernance et identité propre) sonnent le glas de l’éthique protestante. Pas mal pour un futur urbaniste!
Finalement, un moment de fiction & fantaisie avec Sixteen Ways to Defend a Walled City. Quel redblooded urbaniste voudra résister à un titre pareil? Certainement pas moi, et c’est bien ainsi puisqu’à peine rendu à la moitié et j’aimerais me rendre d’un trait à la fin, tellement l’histoire agrippe. Le vibe de la capitale fortifiée et assiégée, de la stratification sociale au système impérial, a quelque chose de byzantin (Constantinople juste avant la chute), mais l’histoire et les personnages sont d’un autre monde, même si toute la physique matérielle est terrestre. Dans le même genre, plus fantaisiste, mais mieux construit sur le plan social, je recommande fortement The Goblin Emperor. Pourquoi pas les deux à la plage!
Peu importe le choix, belles vacances et bonne lecture (urbaine!).