Maximum Canada—Toward a Country of 100 Million. Doug Saunders, Vintage Canada, 2019 (2017), 243 pages [livre électronique lu sur l’application Kindle]
One Billion Americans—The Case for Thinking Big. Matthew Yglesias, Penguin Random House, 2020, 267 pages [livre électronique lu sur l’application Kindle]
Le choc de la lecture de Maximum Canada n’est pas quelque chose qui peut facilement être dissipé. On croyait vivre dans le plus beau meilleur pays au monde et l’on se rend compte que tout ce temps, on aurait pu vivre dans un pays encore plus beau et meilleur, avec des opportunités multipliées, une économie explosive, de la recherche et de l’innovation à revendre et une culture rayonnante. Mais miner par une mentalité sous l’emprise du colonialisme (qui prendra une forme distinctive au Canada anglais et au Québec) et d’un manque de vision pour attirer et garder nos nouveaux arrivants et nos propres citoyens, nous ne sommes qu’un pâle reflet de ce que nous aurions pu devenir, si seulement le Canada avait poursuivi une vision maximaliste.
Durant le gouvernement de Wilfried Laurier (PM de 1896 à 1911), ce dernier estimait que pour prendre sa lancée dans le siècle nouveau, le Canada se devait d’avoir environ 40M d’habitants pour… 1920. Le gouvernement conservateur de Robert Borden (PM de 1911 à 1920), arrivé au pouvoir suite à une compagne qui jouait sans gêne la carte du « White Canada » —Flood Canada with White Men étant pour l’essentiel le message de Rudyard Kipling suite au Oriental Riots—mettra un terme définitif aux politiques de recrutement (autres que britanniques) lancé sous Laurier et à toute discussion de réciprocité avec les États-Unis. L’économie asphyxiée et le manque d’opportunité sont la cause première de l’exode, entre 1840 et 1920, de plus de 900 000 Canadiens français vers les États-Unis, 70 % avant 1900 (la population du Québec à cette date était d’à peine 1,6 M). Si le Québec n’avait jamais perdu cette population, il y aurait maintenant 4-5 M d’habitants de plus. Durant presque la même période (1851-1901), le Canada ne fait pas beaucoup mieux, puisque même si l’on attirait environ 735 000 personnes des îles Britanniques, plus de 1,2 M ont quitté pour les États-Unis.
Dernière statistique : Entre 1851 et 1941, le Canada a accueilli 6,7 M immigrants, mais en a perdu presque 6,3 M à l’émigration, essentiellement vers les États-Unis. La population du Canada à cette date était de 12 M ; celle des ÉU de 133 M.
Sur les traces de Maximum Canada et One Billion Americans
On parle souvent du Canada comme un pays d’immigration, mais dans les faits, pour la plus claire partie de notre histoire (de la colonie jusqu’après la confédération), notre pays se trouve en déficit migratoire quasi perpétuel. Pour atteindre les niveaux qui avaient cours durant la quinzaine d’années du gouvernement Laurier, des niveaux qui auront essentiellement permis au Canada d’avoir un semblant de pays peuplé, il faudrait accueillir plus de 1,75 M immigrants par années (le niveau est d’environ 300 000 maintenant). Dans la province, le seuil discuté est entre 50 et 75 milles… par an. La vision de Laurier était pour un pays de 40M en 1920 ; un siècle plus tard, il n’est pas atteint (38 M).
Alors, pourquoi un Canada de 100 M est-il nécessaire ? Simplement dit, c’est ce qu’il faut pour une société civile épanouie dans un état moderne, pour permettre à nos citoyens de vivre pleinement, sans devoir s’exiler dès qu’un projet demande un vrai capital ou du financement, un marché, une masse critique pour créer une dynamique viable, un bassin intellectuel pour excellé sur un plan artistique ou littéraire, dans un domaine de pointe, de la recherche scientifique, technique ou académique.
Lire Maximum Canada de Doug Saunders, c’est (re) découvrir qu’on a besoin des autres encore plus qu’on pouvait l’imaginer, et ça, c’est une excellente chose. Je ne peux pas passer sous silence deux ouvrages mentionnés qui me semblent essentiels : Clearing the Plains—Disease, Politics of Starvation, and the Loss of Indigenous Life et sur un tout autre thème, Making a Global City—How One Toronto School Embraced Diversity. Ils semblent pouvoir fournir plusieurs morceaux au puzzle de l’histoire canadienne.
Si le livre de Matt Yglesias embrasse essentiellement les mêmes thèmes, il ne faudrait pas s’en surprendre, puisque l’auteur rend hommage à Saunders. Mais dans son cas, nul besoin vraiment de refaire l’histoire de son pays, puisque les États-Unis ont toujours été un pays d’immigration. Alors la question devient, en ce nouveau siècle, est-il nécessaire de continuer dans ce sens, et même d’atteindre la marque du milliard ? On ne sera pas surpris d’apprendre que la réponse est affirmative et que le plaisir pour le lecteur est dans la manière plutôt sophistiqué d’y répondre. À lire ensemble pour maximiser le plaisir !