Thermal Delight in Architecture. Lisa Heschong, The MIT Press, 1979, 78 pages
Comment définir et caractériser les sensations thermiques de nos intérieurs ? La question confine pratiquement à l’absurde tellement ceux-ci sont de nos jours contrôlés. Ainsi, en neutralisant toute variation thermique et en imposant, par biais mécanique, des intérieurs passablement uniformes, avons-nous oublié comment laisser une place aux fluctuations naturelles d’un environnement régulé grâce à l’architecture ? Avons-nous même encore le goût et la tolérance pour des intérieurs qui pourraient s’avérer changeant sur le plan thermique ?
Dans cet opuscule d’à peine 78 pages (avec notes), Madame Heschong prend le temps de nous faire sentir et d’évoquer la richesse naturelle inhérente d’une architecture conçue et adaptée à son environnement. Le propos se situe aux niveaux allégoriques et symboliques, non au niveau constructif, et cela est pour le mieux. Comment ne pas prendre plaisir à lire un auteur du seizième siècle nous parler de la fraîcheur du microclimat généré par le jardin persan devant un bâtiment ou, à l’autre extrême, la sensation du contraste thermique offert par un sauna finlandais lorsque la température extérieure est de moins quarante degrés Celsius ? L’espace intérieur est envisagé ici autant comme milieu fermé (une pièce) ou même comme milieu extérieur (un jardin, un sauna). Le cœur du propos vise à nous reconnecter avec les plaisirs simples d’un environnement intérieur conçu et pensé en fonction de sa capacité à réagir avec souplesse aux conditions extérieures.
Le propos date d’avant l’imprégnation, dans notre conscience collective, des réalités implacables engendrées par les changements climatiques, juste avant l’apparition de ses effets dévastateurs. Il y a quelque chose d’attendrissant et de stupéfiant à lire la confiance en la capacité du solaire à transformer nos façons de vivre. Serons-nous même en mesure, avec l’avenir climatique extrême que nous devrons affronter dans les prochaines décennies, de contrôler les espaces intérieurs avec une nouvelle pensée basée sur le génie constructif passé ? Si la réponse à cette question est affirmative, la familiarité avec le large répertoire oublié des sensations thermiques que cette lecture nous redonne est certainement un des points forts de l’ouvrage. C’est aussi la raison qu’on devrait y revenir ; afin d’accepter nos espaces intérieurs avec une plus vaste palette thermique.
Sur les traces de Thermal Delight in Architecture
C’est probablement il y a longtemps, durant un de mes cours, que je suis tombé pour la première fois sur une référence à ce livre. À travers les années, c’est aussi un des rares livres d’une autre époque que j’ai souvent vue être mentionné dans des ouvrages contemporains. Comme on vient de le voir, ceci est parfaitement justifié ; l’on ne peut que s’attrister que dans notre monde d’aujourd’hui, il est devenu compliqué d’en appliquer les principes de façon constructif, dû à la mécanisation réglementaire de nos environnements intérieurs.
Comme on pouvait s’y attendre de ce livre qui date maintenant de plus de quarante ans, la vaste majorité des références sont périmées et font davantage partie du domaine des archives que des textes vivants et disponibles. Je vais toutefois prendre le temps ici de mentionner quelques ouvrages et auteurs-es qui semblent avoir maintenu leurs actualités.
Encore bien connu dans le monde du design pour son regard critique et ses observations désarmantes, Bernard Rudolsky (son Architecture Without Architects ouvre les yeux) est cité pour ses remarques sur le Japon, publié dans The Kimono Mind. Aussi pour un ouvrage qui est maintenant hors de portée (seconde main seulement), The Prodigious Builders.
Un autre auteur qui semble avoir connu son heure de gloire durant cette décennie du solaire qu’étaient les années 1970 est Ralph L. Knowles. Il est cité pour son livre (uniquement disponible seconde main), Energy and Form : An Ecological Approche to Urban Growth.
Le dernier ouvrage date de 1963, mais vient de faire l’objet d’un “new and expanded Edition” en 2015. Et si l’on se base sur le titre, il a même raison de penser qu’il s’agit d’un livre qui mériterait d’être maintenant sur nos tables de travail. De Victor Olgyay, Design with Climate : Bioclimatic Approach to Architectural Regionalism. Pourquoi ne pas faire bénéficier les générations futures de cet enseignement ?