Human Transit—How Clearer Thinking About Public Transit Can Enrich Our Communities and Our Lives. Jarrett Walker, Island Press, 2011, 256 pages.
Cette chronique fait partie de notre série Trans&Transit [1/9]
Human Transit est un de ces rares ouvrages qui traite un sujet «expert» de façon à offrir une perspective fraiche et dynamique aux professionnels tout en étant en mesure d’être, pour le citoyen bien informé, désireux d’arrondir sa maîtrise du domaine, une véritable plateforme accessible et solide d’entrée en matière. Les bonnes questions, présentées de la façon dont tout usager des transports collectifs pourrait les poser, sont à la fois simplement disséquées et analysées pour par la suite être répondues, avec des arguments qui s’appuient sur des notions claires de géométrie, de configuration et de forme urbaine lisiblement expliquée et illustrée.
Une des premières habitudes que l’auteur, Monsieur Jarrett Walker, lui-même un consultant qui se spécialise dans la conception de réseau de transport en commun fidèle aux volontés de la communauté qui l’embauche, essayera de nous faire perdre est celle de toujours voir le réseau routier à travers le pare-brise d’une automobile. En effet, la vaste majorité du public qui participe aux consultations sur les réseaux de transport en commun ainsi que les planificateurs eux-mêmes sont souvent, avant tout, des automobilistes. Et plusieurs notions, comme la vitesse et la flexibilité du parcourt, évidentes derrière le volant d’une voiture, deviennent complètement caduc et même contreproductive quand vient le temps d’imaginer un réseau de transport collectif et actif. Mais il est difficile d’abandonner ces notions centrées sur une conduite individuelle pour se mettre dans une perspective de service collectif, c’est-à-dire d’une infrastructure ou d’un réseau utile à tous.
Un autre bourbier dans lequel finissent souvent par s’enliser les discussions sur le transport collectif est celui de l’équipement. Bus ou tram? Tram ou train léger? Train léger, train ou métro? Aérien ou sous terre? Essence, biénergie ou 100 % électrique? L’auteur prend le temps de démontrer que plusieurs systèmes peuvent adéquatement remplir plusieurs missions, mais que, peu importe le choix de l’équipement, si l’on n’adapte pas le corridor (la configuration et la signalisation sur rue), on se retrouve souvent aux prises avec des véhicules de transport collectif aussi paralysés que les véhicules automobiles. Une discussion franche sur les bénéfices à extraire du réseau s’impose.
Sur les traces de Human Transit
Comme le souligne souvent l’auteur, il n’y a pas vraiment de moyen magique de s’en sortir : dans la mise en place du réseau, il faudra toujours respecter les réalités de la géométrie urbaine existante et permettre au système de fonctionner selon sa forme optimisée, si c’est ce qui est désiré. Un des nombreux exemples donnés est celui d’un autobus qui s’arrête à toutes les intersections. Évidemment, toutes ces intersections se trouveront alors desservies par ce bus, mais quelle qualité de service en résultera? Et dans cette configuration, qui sert-il vraiment? La vraie réponse est probablement que personne ne sera servi efficacement. Mais si l’objectif est de desservir le plus grand nombre de gens, sans égard à la qualité du service (ponctualité, fréquence), c’est souvent la stratégie qui est arrêtée, puisque c’est aussi souvent celle qui cause le moins de remous.
Ce que cet ouvrage cherche à démontrer est qu’il vaut la peine de forcer les vraies conversations autour du transport en commun, et que celles-ci tournent rarement autour de l’équipement ou du type de véhicule, même si celles-ci seront aussi importantes, éventuellement. En plus de nous mettre devant cette réalité, c’est aussi un de ces ouvrages qui nous donne les moyens (technique, géométrique) de comprendre les implications des choix (sur le réseau) et le vocabulaire pour mieux exprimer les qualités d’un réseau désirable.
Pour bien faire assimiler cette notion que le transport en commun est plus que de l’équipement, l’auteur prend la peine de distiller, en sept grandes demandes souvent entendues lors d’audiences, ce qui est l’essentiel d’un réseau répondant aux besoins du public. Ce dernier demande un réseau qui puisse l’emmener où et quand il le veut, qui fait une bonne utilisation de son temps et de son argent, qui le respecte (sécurité, confort et offre de l’agrément approprié), c’est finalement un réseau auquel il peut faire confiance et qui lui donne la liberté de changer ses plans. Comment choisit-on d’aménager et de répondre à la réalité de la géométrie urbaine afin d’optimiser ces besoins nous donnera une assez bonne idée des valeurs collectives communiquées par ce réseau.