Dictionnaire politique de la scène municipale québécoise. Sous la direction de Sandra Breux et Anne Mévellec, Presses de l’Université Laval (PUL), 2024, 501 pages.
Une série sur les municipalités et la politique municipale au Québec [5 de 5]
Je vais commencer immédiatement par exprimer le premier (ce n’est pas comme s’il y en a des dizaines!) d’entre mes regrets concernant cet ouvrage essentiel de Mesdames Sandra Breux et Anne Mévellec : à ma connaissance, il n’y a pas de version anglaise. Évidemment, je suis facétieux en disant cela. Mais dans un autre sens, je crois vraiment que pour que l’ouvrage puisse atteindre une forme plus achevée, il aurait fallu qu’il soit bilingue. Qui sait, cela aurait-il même inspiré une forme d’émulation chez nos collègues hors province? J’étais surpris après la lecture de chaque vedette d’être talonné par la volonté de lire, dans un format comparable, un article similaire sur les réalités municipales dans une autre province canadienne ou dans un état américain.
La gestion du palier municipal et régional dans cette province est juste assez différente, juste assez dans l’univers du « uncanny valley » pour rendre les parallèles avec les autres provinces, pour ne rien dire des états américains, bizarrement complexe et rempli de contingences, toujours dans les tournants où l’on s’y attend le moins. Bien entendu, la réalité sur le terrain est tel que, comme l’exprime un des auteurs des préfaces, on aimerait au minimum avoir un ouvrage comparable pour l’Ontario, puisque les deux provinces ont des environnements urbains, des secteurs économiques et de développement qui peuvent aisément s’assimiler l’un à l’autre. De plus, il fait peu de doute que le milieu municipal au Québec gagnerait à pouvoir évaluer plus facilement nos deux systèmes de gouvernance et de gestion locale. Mais évidemment, si un ouvrage similaire existait pour la scène municipale ontarienne, il serait en anglais, une langue plus maitrisée chez les locuteurs francophones du Québec que l’inverse, tristement.
Toujours est-il, je ne voudrais pas prendre plus de place pour pleurer ce que nous n’avons pas, au lieu de célébrer, comme nous devrions le faire justement, le travail colossal et quasi héroïque qui nous permet de profiter avec enthousiasme de ce dictionnaire. En ayant eu la clairvoyance d’envisager que le système municipal dans la province se prête bien à une recension basée sur des mots-clés, on peut aisément faire en quelques entrées le tour qu’une question. Et surtout, en ayant la capacité de rassembler en un seul ouvrage la contribution de plusieurs dizaines d’auteurs spécialistes, le lecteur se retrouve avec une collection alphabétisée d’articles riches, concis et standardisés sur des concepts contemporains de la scène municipale au Québec.
Sur les trace du Dictionnaire politique…
Le format « dictionnaire » de l’ouvrage permet une entrée en matière instantanée et concise, agréable d’utilisation pour le praticien, le chercheur ou l’étudiant. Comme dans un dictionnaire, chaque vedette bénéficie, il va sans dire, d’une définition de quelques paragraphes pour ensuite aborder les enjeux, un historique ou une illustration de l’évolution de la notion discutée, c’est selon. En portant ainsi le texte au-delà de la définition attendu de tout dictionnaire, on donne la chance aux différents spécialistes de creuser un aspect qui va plus loin que la définition stricte. Chaque entrée est toutefois rigoureusement formatée de manière à être concise et d’aller à l’essentiel. Cela ne veut toutefois pas dire que le lecteur est laissé sur sa faim. Les auteurs ont bien au contraire été rigoureux dans les références à même le texte et la bibliographie de l’ensemble de l’ouvrage est des plus exhaustive. De plus, chaque vedette se termine par une section bibliographie spécifique, « Pour aller plus loin » et une dernière partie des plus utile intitulée « Liens avec d’autres articles ». C’est en fait à partir de ces sections que j’ai souvent parcouru un ensemble de vedettes. On en finit une et immédiatement, cette section de liens plus ou moins longue nous conduit à nous intéresser à d’autres notions adjacentes. C’est ainsi qu’on peut faire le tour d’une question. Je dirais même que la grande force du volume, au-delà de l’excellence même des entrées prise individuellement, est cette capacité intégrée à chacune d’elles de porter le lecteur curieux et soucieux de faire le tour d’une question vers toutes les notions connexes pouvant lui être utile.
Je me suis souvent plaint dans ces pages que les ouvrages récents, même ceux de presses universitaires comme PUL, manquent d’un index ou lorsqu’il y en a un, que sa construction soit quelconque. On ne peut pas tout avoir; comme avec un triangle d’optimisation, en choisir deux c’est nécessairement en exclure un. Dans ce cas, on a un index habilement structuré, à partir de notions complémentaires aux entrées-vedettes (comme Arvida, qui se trouve dans la vedette Villes de compagnie), mais pas de pagination. Sur un autre plan, les auteurs sont identifiés par leurs affiliations, mais impossible de savoir à quelles vedettes ils sont contributeur, à moins de les passer systématiquement en revue. Maintenant, cela dit, c’est un ouvrage qu’on voudra toujours garder à portée de mains et on espère de futures éditions, selon l’évolution de la matière.