Neighborhood Defenders—Paticipatory Politics and America’s Housing Crisis. Katherine Levine Einstein, David M. Glick & Maxwell Palmer, Cambridge University Press, 2020, 218 pages [ebook lu sur Kindle].
Le titre de cet ouvrage fait référence aux citoyens, souvent les propriétaires voisins d’un projet immobilier proposé, qui assistent et interviennent lors des séances publiques municipales. Elles sont enclenchées par le besoin de faire adopter les dérogations au zonage, presque toujours nécessaire dans de telles circonstances. C’est aussi la façon que ces gens aiment à se percevoir (jamais personne ne s’identifie comme nimby!). Mais comme le démontrent bien les auteurs, le résultat de cette participation hyperlocale est toujours l’opposition à toute nouvelle construction de logements, de multilogement surtout, mais aussi à toute forme d’accommodements (dérogations) mineurs. La conséquence est une diminution substantielle du nombre de logements par projet (lorsqu’il réussit même à survivre) et des projets qui n’offrent plus ce que le marché envisageait de pouvoir offrir.
Pour arriver à leurs conclusions, les chercheurs ont épluché et statistiquement analysé les transcriptions de toutes les séances publiques sur les questions de dérogations ou de changement au zonage des municipalités dans l’état du Massachusetts. Chaque fois qu’un projet de développement immobilier est présenté et qu’il ne peut être réalisé de plein droit (sans modification à la réglementation municipale), il doit y avoir un examen public par l’autorité locale mandatée. Ces séances sont ouvertes et publicisées à tous, mais les propriétaires voisins sont invités, spécifiquement. Comme le démontrent les auteurs, la participation est extrêmement concentrée à l’intérieur des groupes les plus privilégiés et ne forme jamais vraiment une tranche représentative de la communauté. C’est ainsi qu’un processus légitime de contrôle s’est transformé en outils d’opposition systémique au changement (étroitement et capricieusement défini) d’un environnement urbain donné.
Puisque ce livre aborde la question des difficultés dans la production de logements sous l’angle de la science politique, les solutions proposées sont dans cette veine ; comme d’accroître la représentativité des participants, réformer le processus et la raison des séances elles-mêmes, mieux impliquer les groupes d’intérêts ou faire de la question du logement une responsabilité régionale. Maintenant, un bon point de départ urbanistique serait d’autoriser, de droit, le long et autour des axes de transport en commun, une plus grande variété et densité de projets immobiliers.
Sur les traces de Neighborhood Defenders
Au cours de la dernière année, l’auteure principale, Katherine Levine Einstein, a participé à plusieurs podcasts pour exposer les enjeux soulevés et les conclusions de l’ouvrage. J’en retiens deux, soit en début d’année dans le cadre du podcast The Weeds, avec Matt Yglesias et en fin d’année dans Densely Speaking. Monsieur Yglesias s’intéresse depuis longtemps aux questions de logement et il est cité dans l’ouvrage ; sa solution se résume en un mot (upzone), qui est la façon condensée de dire plus de variété urbaine, partout. Je compte bien revenir sur son dernier livre avant la fin de l’année.
La bibliographie de Neighborhood Defenders est un bon rappel que l’expérience urbaine est toujours éclaircie (ou concentrée) à travers le filtre de la politique municipale. Les différents degrés de participation citoyenne et leurs significations sont exposés dans un article fondamental, A Ladder of Citizen Participation (1969). Un autre article qui en vaut le détour est City Unplanning. L’auteur décortique les répercussions de la capture, au niveau local, d’enjeux métropolitains (comme le logement). Tout le monde y perd au change.
Les questions de participation et de représentativité de cette participation citoyenne se posent partout, mais semblent particulièrement saillantes en contexte suburbain ; Democracy in Suburbia apparaît comme l’ouvrage qui pourrait faire mûrir cette réflexion. Pour un retour en ville et un examen de l’arène politique plus « musclé » qui la caractérise, de Jessica Trounstine, Political Monopolies in American Cities—The Rise and Fall of Bosses and Reformers et du même auteure, Segregation by Design—Local Politics and Inequality in American Cities. J’ai bien hâte de les lire et d’en parler ici.
Une dernière perspective sur la question du logement, cette fois sur la responsabilité et la prise en charge que devrait faire le palier fédéral (américain) : New Deal Ruins—Race, Economic Justice & Public Housing Policy. Après la lecture de Neighborhood Defenders, il est difficile de penser que cette situation, même ici, puis s’améliorer franchement sans une participation matérielle et récurrente plus active du fédéral.